Savoir quand s'arrêter

Le mieux est l’ennemi du bien.

J’importe mes photos. Je trie mes photos. J’ajoute des mots clés. Passage dans la chambre noire : je m’apprête à traiter la première photo de ma série.

Correction de l’objectif, réduction du bruit, exposition… Mince, c’est trop clair, trop sombre ? J’ai du mal à me rendre compte, malgré l’épreuvage.

Filmique : limite gauche et limite droite comme on dit à l’armée. RAS. Onglet look, un peu de contraste… Trop de contraste ? Mais cette photo me semble manquer encore cruellement de dynamisme…

Balance couleur RVB. Le préset ajoute couleur de base me plait bien, il paraît assez équilibré. Un peu plus de saturation dans les ombres ? Désaturer davantage les hautes lumière ! Ah, mince, ce ciel bleu, le voilà bien pâle…

Cette photo est mieux ! Enfin, elle n’est pas terrible… La faute à la composition sans doute. Ou serait-ce le traitement ? Oh, un peu de color grading, ça serait chouette ! Bon, je maîtrise encore mal l’outil, mais l’exercice ne peut être que profitable… Tiens, il y a cette vidéo sur la calibration des couleurs, je pourrais essayer le mélangeur… Oh et puis je vais rajouter du contraste local ! Quand même, il faudrait monter l’exposition du sujet ! Ca fonctionne comment le module diffusion et netteté ? Mais ça manque toujours de dynamisme, non ? Bon, je m’y suis peut-être mal pris dans mon traitement. Gestion des clones, original, on refait tout depuis le début !

Deux semaines plus tard.

Cinq clones, le numéro trois, je vais modifier la balance couleur… Le numéro deux était pas si mal, j’aurais pas dû trifouiller la courbe de l’égaliseur de tons… Bon, j’ai dit que j’enverrai les photos il y a une semaine, mais en l’état elles sont un peu nulles, je suis sûr qu’il est possible de mieux faire…

Le mieux est l’ennemi du bien.

En tant que débutant, une question me taraude lorsque je traite mes photos : quand s’arrêter ? Après tout, on a toujours l’impression que ça pourrait être mieux ! A quel moment vous vous dites : voilà, cette photo est prête ?

Tu pourrais mettre ton RAW sur un site de téléchargement pour que d’autres t’aident.
Je n’ai pas de règle quand m’arrêter. J’essaye toujours d’utiliser le minimum de modules après les modules indispensables.

En fait la petite histoire ci-dessus ne se réfère pas à une photo en particulier, mais plutôt à la manière dont j’aborde / découvre le traitement. :wink:

J’avais le même problème en mixage musical au début : choisir une balance un jour, la changer le lendemain, en faire une autre le surlendemain… modifier la profondeur de telle reverb, retoucher la spatialisation du mix, ajouter puis enlever un passe-haut par ci, etc.

Avec le temps, j’ai aiguisé ma capacité de décision, ainsi que ma confiance en moi : si mes niveaux était réglés de telle façon, ça valait le coup de vérifier le lendemain, mais ça ne servait à rien d’y revenir le surlendemain. J’avais pris une décision de mixage, je m’y tenais, même si un jour pas comme un autre je doutais de cette décision. Accepter que les choses ne sont pas forcément parfaites, mais considérer qu’il est vain de revenir dessus sans limite.

Bref, l’idée ici est plutôt de voir comment chacun aborde le traitement, de comparer, de s’inspirer, sans chercher la vérité ultime et absolue. :wink:

La vérité est dans le souvenir que l’impression que tu as eu à la prise de vue :
soit, tu arrives à restituer la photo ou l’envie que tu avais d’en rendre ;
soit, tu n’y arrives pas et là, je laisse tomber.

Hello,
Tout à fait d’accord jpg54.

Tout est dans la prévisualisation.
Le problème, à mon sens, vient du fait qu’aujourd’hui, avec l’étendue des moyens disponibles, on peut faire une image avec presque n’importe quoi.
Et donc, on en arrive vite à tourner en rond.

J’aime bien ce fil, merci Battosai et, en fait, il n’a pas grand chose à voir avec dt, c’était pareil avec l’agrandisseur et les soirées jusque… au petit matin, les yeux explosés et presque la nausée à cause des effluves des bains.

Comme le dit jpg54, c’est une question d’appréciation personnelle, de souvenir de la scène et de l’ambition de restituer un vécu visuel.
Mais, à m’ment donné (comme on dit par chez moi), il faut être indulgent avec soi-même et lâcher le morceau.
D’ailleurs, il arrive que, revoyant telle photo ou tel tirage, on se dise « ah non, c’est pas bon ça » et, l’expérience de dt aidant depuis lors, et il faut aussi le dire les avancées incroyables que les dév lui apportent régulièrement (on ne les remerciera jamais assez), sans parler de quelques vidéos bien réalisées (courtes, pertinentes, accessibles) on tient mieux l’outil en main, on a ses repères, on va beaucoup plus vite à… un style personnel, même s’il est sans prétention.

Savoir quand s’arrêter ? Une question d’expérience, pour moi. Et c’est probablement que partie remise, mais pour les photos qui, après quelques temps, restent vraiment à peaufiner.

Hello,
Savoir s’arrêter, (difficile pour moi aussi sans contrainte professionnelle), difficulté de conclure pour une compo musicale ou une photo, Le regard, ou les oreilles d’autrui, est pour moi primordiale pour une aide à la décision, on est des animaux sociaux et rien n’est parfait. Pour les photos (comme la musique) il y a le coté technique et puis ce que l’on veut rendre avec. La route était plus longue avec l’argentique et l’agrandisseur, ou le 4 pistes à bandes et les effets analogiques, qu’avec les technos du moment. Faire voir les clones ou écouter les mix…
Bon, juste une mini réflexion.
Cordialement

A que de souvenir !!! :cool: :smiley: A faire des « dodge and burn » (ça ne s’appelait pas encore comme ça (l’anglais n’était pas encore passé par là), simplement assombrir/éclaircir) des solarisations et autres contre-typages négatifs/positifs.

Merci pour vos retours, c’est super intéressant !

J’aime l’idée d’utiliser le moins de modules possible ; de manière générale, et pas qu’en photo, la philosophie qui consiste à faire beaucoup avec peu me séduit pas mal.

Bonjour à tous !
Question très intéressante en effet, à laquelle nous sommes tous confrontés. Et discussion passionnante !
Dans l’ordre de mes priorités, je dirais :

  1. qu’il ne faut pas que le fait de prendre des photos empêche de bien profiter de certains moments de la vie ;
  2. qu’il ne faut pas que le temps consacré à la retouche empêche de prendre des photos ;
  3. que le tri des photos, l’attribution d’étoiles, mots-clés, légendes, etc. prend pas mal de temps mais permet d’en gagner plus tard ;
  4. que le partage des photos, sous forme numérique, tirages, livres, etc., est une étape très importante. (Au passage, il faut se dire que la plupart des destinataires, n’ayant pas vu l’original, accorderont sans doute moins d’importance au traitement qu’au sujet) ;
  5. que la retouche est aussi un plaisir en soi. Le temps passé est aussi un apprentissage des différents outils qui permet de gagner du temps par la suite.
  6. que darktable est un outils extraordinaire, qui permet en plus de faire du traitement par lots, ce qui fait encore gagner du temps pour retourner aux points 1, 2, …

Faire confiance à ses yeux !
Regarder, Regarder encore, regarder les photos des autres, les photos des photographes reconnus, les siennes, les peintures, les gravures, les aquarelles, les films, les vidéos…
Et en regardant aiguiser son esprit critique, cette photo me plait, celle-ci moins, celle-là pas du tout, ce plan dans ce film est génial !, il est bien cadré, la lumière est belle, la compo de cette gravure est moche…
En toute circonstance, tout le temps, regarder ce qui est autour de toi avec un œil de photographe, un œil qui cadre, qui détecte l’angle de vue intéressant, la belle lumière, la couleur parfaite.

Et devant l’écran, se servir de toute cette culture acquise pour porter un jugement sur son travail.

Autre chose : pour pouvoir juger efficacement son travail, il faut être capable de se dédoubler. Il faut devenir deux personnes : celle qui a pris la photo et celle qui juge. Celle qui juge doit oublier le contexte, tout ce qui a entouré la prise de vue, les circonstances, les émotions, les souvenirs. Elle doit juger comme si elle était un étranger et laisser l’affect au vestiaire. Il faut regarder ses photos comme si s’étaient les photos d’un autre. Traiter des photos de ses copains ou de ses proches, voire de parfaits inconnus est un excellent exercice. Tu verras que les prises de décisions sont beaucoup plus faciles dans ce cas. Ensuite, tu pourras garder ce regard détaché vis-à-vis de tes propres photos.

Génialement dit ! Tout comme pour la composition musicale ou l’écriture.

Merci pour le compliment !

Un peu plus pratiquement.
[list]
[]Il ne faut pas hésiter à bouger franchement les curseurs, et dans les deux sens. Un exemple simple : le module exposition qui, pour l’essentiel, ne contient qu’un seul curseur. Pour trouver la bonne exposition, il ne faut pas hésiter à surexposer et à sous-exposer manifestement la photo. Il est plus facile ensuite de visualiser la bonne expo.
[
]Il ne faut pas garder l’œil rivé à l’histogramme
[*]Pour juger d’une bonne expo et d’une bonne balance de couleur, darktable a un truc génial : la vue évaluation des couleurs ISO12646, l’icône en forme d’ampoule dans le panneau inférieur de la cambre noire.
[/list]

Suis d’accord. Je teste un peu les extrêmes également.
Par contre, j’ai du mal de me détacher de l’histogramme. Une vieille habitude…

Quant à la vue ‹ évaluation des couleurs ISO12646 ›, je l’ai vite découverte.
C’est en effet essentiel. L’environnement apporte beaucoup.
Le thème également. ‹ Darktable-grey › est le plus efficace.
Comme l’explique Aurélien dans une des ses vidéos, un thème ‹ Dark › donne un effet ‹ Waowww ›,mais fausse complètement le résultat final.
Diminuer la taille de l’image est aussi intéressant. Si la petite image est lisible, elle le sera forcément à une plus grande échelle.

Quand s’arrêter ? Voici mes trucs :

  • Avancer lentement. Faire des pauses dans le travail du traitement. Considère le numérique comme si c’était de l’argentique. Ça permet de retrouver un regard un peu neuf. On peut s’arrêter quand au bout de 2 heures on revient voir sa photo et qu’on la trouve toujours bien.

  • Ne pas trop se focaliser sur le souvenir original, réel, mais plutot trouver un équilibre dans la photo travaillée. Ça peut être diverses choses : des couleurs modulées, ou au contraire un fort contraste ; c’est un choix artistique en quelque sorte ; donc, faire un choix artistique au départ est important, puisque c’est par rapport à ça que tu vas dire « ça y est donc j’arrête ». Si tu penses à plusieurs choix artistiques sans savoir lequel choisir, fait un développement séparé pour chaque, mais ne fait pas un choix artistique qui mélange tout.

  • On ne sait plus ce qu’il faut faire, on fatigue, on n’a plus envie ?.. c’est probablement que la photo est bonne et que c’est le bon moment pour arrêter.

  • Pendant le travail, développer plus son jugement artistique et moins des repères techniques. Se baser plutot sur l’image vignette et moins sur l’histogramme ou sur un grossissement à 300%.

  • demander aux autres leur avis.

Etc.

Idem toujours. J’ai gardé l’état d’esprit et la discipline de l’argentique.

Merci pour vos autres interventions, toutes aussi intéressantes, passionnantes et passionnées.

Ca donne pas mal de pistes de réflexion. D’ailleurs, j’ai arrêté la photo pendant quelques jours passés au régiment, et revenir sur Darktable après cette pause fait le plus grand bien !

Veinard ! :s