Comment utiliser filmique RGB et le nouvel égaliseur de tons dans le futur darktable 3.0 ?

Poursuivant mon travail sur la gestion des hautes (et moins hautes) plages dynamiques qui rendaient la couleur particulièrement difficile à gérer sous darktable dans les situations de fort contraste, mon module égaliseur de tons a été fusionné dans la version de développement de daktable dimanche, et filmique v3 aujourd’hui.

Filmique v3 opère dans un espace RGB choisi par l’utilisateur, en lieu et place du Prophoto RGB linéarisé imposé dans la v2. Il corrige la sursaturation qui se produisait dans la variante avec préservation de la chrominance, et ajoute 2 autres modes de préservation de la chrominance. La courbe filmique utilise désormais une seule méthode d’interpolation, que j’ai développée spécialement à partir de polynômes d’ordre 3 et 4 où j’impose des conditions de raccordement sur les dérivées premières et secondes, afin d’obtenir le comportement souhaité (proche des courbes densitométriques du film) et une meilleure stabilité dans les paramètres. De façon générale, l’ergonomie a été revue pour fournir un module plus rapide à régler et plus clair pour l’utilisateur.

Filmique est toujours, rappelons-le, dédié au mappage global des tonalités, c’est à dire une opération qui consiste à ajuster la plage dynamique de l’appareil photo (habituellement, entre 8 et 14 EV) à la plage dynamique permise par le medium de sortie : écran (7 à 8 EV) ou impression papier (4 à 6 EV). La stratégie utilisée est, à l’image de ce que fait le film, de relever les tons moyens (la « luminosité » générale) de façon logarithmique, puis à compresser graduellement les très hautes et très basses lumières vers le blanc et le noir pur.

Ce module se substitue donc aux modules de mappage global des tonalités, mais aussi à la courbe de base.

Cependant, il manquait encore une façon plus précise et plus localisée d’agir sur le contraste zone par zone, de façon plus organique, avec les mêmes contraintes que filmique : rester dans un espace de couleur relatif à la scène, physiquement réaliste, et préserver la chrominance en conservant les ratios RGB.

Les tireurs qui opéraient en chambre noire avaient inventé une technique, le dodging & burning, qui consistait à sur- ou sous-exposer certaines zones de l’image sélectivement en utilisant des masques découpés dans du carton, de façon à assombrir les zones très claires et éclaircir les zones très sombres (ou l’inverse) pour récupérer des détails. J’ai réutilisé le même principe dans l’égaliseur de ton, qui n’est donc qu’une simple correction d’exposition ajustable zone par zone. L’égaliseur se substitue donc aux modules courbes des tonalités, lumière d’arrière-plan, zones et ombres/hautes lumières.

Mais l’égaliseur de ton va plus loin, en introduisant une nouvelle interaction, directement depuis l’image et sans passer par les curseurs. Je vous laisse découvrir tout ça dans la vidéo tutoriel que j’ai réalisée aujourd’hui, qui détaille l’utilisation jointe de ces 2 modules, en combinaison avec la balance couleur. Elle est, par contre, en anglais puisque destinée en priorité aux béta-testeurs à ce stade :

Souvenez-vous, il y a exactement 13 mois, je publiais ici un article expliquant comment gérer le HDR sous darktable 2.4, avec un style fourni fastidieux et des manipulations laborieuses à base de courbes et de plusieurs modules visant essentiellement à corriger les erreurs du précédent avec le suivant. Il suffit aujourd’hui des modules exposition, filmique et égaliseur de tons pour gérer le contraste, balance des blancs, balance couleur et zones de couleurs pour gérer les couleurs, puis finalement contraste local et égaliseur pour gérer la netteté. Et c’est tout.

Et voici les résultats :

Aurélien PIERRE

Photographe portraitiste à Montréal. Spécialiste en calcul, modélisation et simulation numérique pour le traitement d'image (débruitage, défloutage) et le génie thermique. Développeur de darktable après 7 ans d'utilisation.

5 thoughts to “Comment utiliser filmique RGB et le nouvel égaliseur de tons dans le futur darktable 3.0 ?”

  1. Bonjour Aurélien, bonjour la communauté.
    Même si je sais que les mercis ne nourrissent pas, merci Aurélien et tous les développeurs Darktable pour ces contributions de qualité vraiment supérieure. Quelle chance d’avoir un photographe ou plusieurs aux codes ! Filmique en est la preuve et je suis impatient de pouvoir exploiter l’égaliseur de ton. Oui et oui, le dodging & burning, moyen d’atténuer les extrêmes (si laids en numérique). Après être passé par l’agrandisseur, c’est ce que je pratique en noir et blanc presque systématiquement avec les raw, tout simplement en appliquant des masques dessinés d’exposition ou de contraste. Je profite de la formidable puissance des réglages « adoucissement du masque » et « floutage du masque » qui permettent un travail très soigné. Sans doute le nouveau module va-t-il faciliter ce travail en intervenant automatiquement par zone. Je changerai un peu ma méthode, mais peu importe, chaque photo, chaque raw est unique et il faut s’adapter, « développer » chaque image. Je ne suis vraiment pas fan des « styles » ou de toutes manipulations répétées sous forme de flux. Faut-il le dire encore, Darktable est au top !

  2. Bonjour,
    Une question de débutant :
    “…c’est à dire une opération qui consiste à ajuster la plage dynamique de l’appareil photo (habituellement, entre 8 et 14 EV) à la plage dynamique permise par le medium de sortie : écran (7 à 8 EV) ou impression papier (4 à 6 EV)”
    Comment ceci se relie-t-il aux profils ICC?
    Je pensais que la bonne élaboration d’un profil effectuait déjà une optimisation “de ce genre”, médium par médium?

    1. Il n’y a aucun lien entre les profils ICC et l’ajustement de la plage dynamique. Les profils ICC viennent tout droit des années 1990 où ce genre de question ne se posait pas et où le medium de référence était le tirage papier. Ils visent à harmoniser le résultat final (l’affichage) d’un écran à l’autre et d’un support à l’autre (papier/écran), et à redimensionner le gamut (c’est à dire l’espace de couleur) entre les media de sortie, en utilisant plusieurs stratégies (préserver la luminosité, préserver la saturation, ou tout redimensionner proportionnellement).

      Même si la dernière version de la norme ICC (ICCMax ou v5) commence à prendre en compte le HDR et le mappage de tonalité (d’une façon bricolée avec les fesses, parce que leur chaîne de travail est toujours ancrée dans les années 1990 et l’impression papier), la plupart des systèmes de gestion de la couleur (dans les logicels de traitement d’image et les OS) utilisent toujours ICC v4 voire ICC v2.

      Note que le profil ICC ne fait rien du tout. Il ne fait que caractériser un medium d’entrée ou de sortie. C’est le CMS (colour management system) qui utilise les informations contenues dans les profils d’entrée et de sortie pour faire les conversions de couleur qui s’imposent.

      La chaîne de travail ICC est complètement dépassée aujourd’hui et beaucoup trop d’utilisateurs s’imaginent à l’abri des problèmes de gamut dès qu’ils « installent un profil ICC ». L’idée, c’est qu’elle a été construite pour l’imprimerie (une entrée : le film numérisé, une sortie : le papier) et plus ou moins adaptée pour l’écran. Aujourd’hui, l’image ne vit plus seulement sur papier, mais aussi sur écranS (une entrée : la photo numérique RAW, plusieurs sorties : écran LDR, écran HDR/large gamut, papier photo, papier de base, …), et pour y arriver, la stratégie choisie par le cinéma (qui a le même genre de contrainte depuis plus longtemps : les films sont encodés différemment pour les salles numériques, les salles analogiques, les DVD HD, les BlueRay, etc. à partir du même master) est de conserver la cohérence entre l’entrée (les couleurs du master) et la sortie (les couleurs permises par le medium). ICC choisit d’ignorer plus ou moins la cohérence entrée/sortie, mais plutôt d’harmoniser les sorties entre elles, ce qui marche assez bien quand les sorties ont des propriétés similaires, mais pas vraiment quand une sortie est un écran HDR 10 bits à gamut Adobe RGB, et l’autre un tirage jet d’encre 8 bits/5 EV à gamut « on fait ce qu’on peut ».

      Du coup, il va falloir envisager de migrer la chaîne couleur photo vers OpenColourIO, plus adapté à la chaîne de travail « une entrée / plusieurs sorties », et de ne garder ICC que pour les imprimantes (parce que ça marche toujours très bien pour ça). (Et OpenColourIO est compatible avec ICC, mais pas l’inverse).

  3. Bonjour Aurélien, bonjour à tous,

    Tout d’abord, bravo pour ces évos, je vais même sûrement me jeter dans dans les versions de dev pour cela.
    J’ai une question sur les relations et les différences entre l’égaliseur de ton et l’outil zones que j’utilise beaucoup. J’ai l’impression que les objectifs sont assez similaires. Je me trompe ?

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